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Marie Claire Tellier
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Comment les relations internationales du Canada ont évolué au cours de la dernière année

How Canada’s International Relations Have Changed Over the Past Year

Le premier ministre Mark Carney est accueilli au bâtiment du Conseil européen par Antonio Costa, président du Conseil européen, et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, à l'occasion du sommet Canada-UE à Bruxelles, en Belgique, le 23 juin 2025. (La Presse canadienne/Sean Kilpatrick)

Par Noé Chartier

Traduction MCT

Bilan de l’année

Un changement considérable s’est opéré en matière de politique étrangère depuis l’arrivée au pouvoir du premier ministre Mark Carney, principalement sous l’impulsion du conflit commercial avec les États-Unis et d’une nouvelle approche des affaires mondiales.

M. Carney a exprimé le souhait de resserrer les liens commerciaux et de défense avec les États-Unis, tout en affirmant vouloir diversifier les échanges commerciaux avec le voisin du sud du Canada. Son gouvernement s’est depuis réconcilié avec l’Inde et cherche à établir des relations plus étroites avec Pékin.

Ce recentrage sur l’Europe, loin des États-Unis, ne s’est pas limité à l’Asie. Parmi les premières initiatives de politique étrangère de M. Carney, on compte des voyages en France et au Royaume-Uni, témoignant de sa volonté de renforcer les liens avec l’Europe, et la conclusion d’un accord de défense avec l’Union européenne.

La prise de distance d’Ottawa vis-à-vis de Washington s’est également manifestée lorsque M. Carney a rompu avec la politique canadienne de longue date en reconnaissant unilatéralement l’État palestinien.

Bien que certains intérêts divergent, Ottawa a généralement soutenu Washington sur d'autres questions majeures, comme les frappes américaines contre l'Iran et, de manière plus sélective, les efforts de paix de Trump concernant le conflit israélo-palestinien et les relations russo-ukrainiennes.

L'impact de Trump

Carney a été élu chef du Parti libéral et a remporté les élections du printemps dans un contexte de sentiment anti-américain alimenté par la menace de tarifs douaniers brandie par Trump et ses déclarations répétées sur sa volonté de faire du Canada le 51e État américain.

Durant sa campagne électorale, Carney a déclaré que la relation « traditionnelle » avec les États-Unis était « terminée » et qu’il était mieux placé que le chef conservateur Pierre Poilievre pour négocier un nouveau partenariat économique et sécuritaire.

La diversification des échanges commerciaux, en dehors des États-Unis, par le biais d’accords commerciaux existants avec l’Europe et les pays du Pacifique, ou par la création de nouvelles infrastructures commerciales, figurait également parmi les piliers du programme électoral des libéraux.

U.S. President Donald Trump looks to Prime Minister Mark Carney as they raise there glasses during a toast at a dinner with leaders in Gyeongju, South Korea on Oct 29, 2025. (The Canadian Press/Adrian Wyld)

Le président américain Donald Trump regarde le premier ministre Mark Carney tandis qu'ils lèvent leurs verres lors d'un toast à l'occasion d'un dîner avec des dirigeants à Gyeongju, en Corée du Sud, le 29 octobre 2025. La Presse canadienne/Adrian Wyld

À l’approche de la fin de 2025, davantage de progrès ont été réalisés dans le renforcement des liens avec d’autres pays que dans la résolution du conflit commercial avec le principal partenaire commercial du Canada, les États-Unis.

Le gouvernement canadien a pris diverses mesures pour apaiser l’administration Trump, mais sans succès. Ottawa a promis de nouveaux fonds et a cherché à adopter de nouvelles lois pour renforcer la sécurité frontalière, afin de calmer les inquiétudes de Trump concernant le trafic de drogue et l’immigration clandestine.

Le gouvernement Carney a également fait des concessions pour reprendre les négociations, notamment en s’engageant à abroger la taxe sur les services numériques qui touche les géants technologiques américains et à supprimer la plupart des contre-tarifs.

De plus, Carney a changé de ton après la campagne électorale et s’est attiré les faveurs de Trump, du moins publiquement. Trump n’a pas qualifié Carney de « gouverneur », contrairement à ce qu’il faisait avec le premier ministre Justin Trudeau.

Carney a maintenu une approche diplomatique avec Trump tout au long de cette saga, mais il a commis quelques faux pas publics récemment, révélant sa frustration face à l'impasse actuelle.

En novembre, lors d'une allocution devant un public d'affaires à Montréal, Carney a déclaré que c'était un « privilège de pouvoir rencontrer des dirigeants du monde entier, sauf un », sans donner plus de précisions. Quelques jours plus tard, interrogé par des journalistes sur la date de sa dernière conversation avec Trump, il a répondu par un simple « qui s'en soucie ? ».

Fin octobre, Trump a annoncé l'annulation des négociations commerciales avec le Canada en raison de la publicité télévisée anti-tarif ontarien diffusée aux États-Unis, tout en maintenant que ses relations avec Carney étaient bonnes.

« J'entretiens d'excellentes relations avec le Canada. Ce sont des négociateurs très coriaces, mais j'ai d'excellentes relations avec le Premier ministre et avec le Canada », a déclaré Trump le 7 décembre, deux jours après sa rencontre avec Carney en marge du tirage au sort de la Coupe du monde de la FIFA à Washington.

Le cabinet du Premier ministre publie généralement des comptes rendus de ses rencontres avec les dirigeants mondiaux, mais aucun n'a été diffusé dans ce cas précis.

La brève réunion a également rassemblé la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum, et Trump a indiqué qu'elle était axée sur le commerce.

Les trois pays intensifient leurs efforts en vue de la renégociation de l'Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC) sur le libre-échange, prévue pour 2026. Cet accord a permis au Canada et au Mexique d'échapper globalement aux effets des droits de douane imposés par Trump, à l'exception de secteurs comme les métaux et l'automobile, qui sont spécifiquement visés.

Un tournant vers l'Europe

La promesse de campagne de Carney de négocier un accord avec Trump ne s'est pas encore concrétisée, contrairement à ses efforts auprès d'autres pays. L'une de ses premières actions après son entrée en fonction en mars a été de se rendre en Europe.

Prime Minister Mark Carney takes part in a bilateral meeting with British Prime Minister Keir Starmer during the Global Progress Action Summit in London on Sept. 26, 2025. (The Canadian Press/Sean Kilpatrick)

Le Premier ministre Mark Carney participe à une rencontre bilatérale avec le Premier ministre britannique Keir Starmer lors du Sommet mondial pour l'action en faveur du progrès à Londres, le 26 septembre 2025. La Presse canadienne/Sean Kilpatrick

Après sa prestation de serment le 14 mars, son cabinet a annoncé le lendemain un voyage en France et au Royaume-Uni afin de renforcer les partenariats économiques et de sécurité avec deux des plus proches alliés du Canada.

Le roi Charles III s'est rendu au Canada fin mai pour réaffirmer les liens du pays avec la monarchie britannique, dans un contexte de tensions avec les États-Unis. Le roi a même prononcé le discours du trône pour ouvrir la session parlementaire, un événement rare.

Au-delà de ces gestes plus symboliques de retour aux sources du Canada pour affirmer sa souveraineté, Ottawa a souligné des progrès concrets dans le renforcement des liens avec l'Europe.

Ottawa a annoncé début décembre avoir conclu un accord pour la participation du Canada au programme SAFE (Action pour la sécurité en Europe) de l'UE, qui s'est concrétisé après des négociations entamées au début de l'été.

Ce programme, qui s'inscrit dans le cadre des efforts de réarmement de l'Europe, octroie 244 milliards de dollars de prêts aux États membres de l'UE pour l'acquisition d'équipements militaires. Ottawa affirme que l'adhésion à SAFE offrira de nouvelles perspectives lucratives à l'industrie de la défense.

Les frais d'adhésion du Canada au programme ont été fixés à 10 millions d'euros (environ 16 millions de dollars canadiens), comparativement à ceux du Royaume-Uni, qui se situent entre 4 milliards d'euros (environ 6,5 milliards de dollars canadiens) et 6,5 milliards d'euros (environ 10,5 milliards de dollars canadiens). Cela laisse présager des avantages limités pour le Canada.

L'accent accru mis sur la défense marque une rupture nette avec le précédent gouvernement libéral. L'examen de la défense du Canada d'avril 2024 ne fixait pas de date butoir pour atteindre l'objectif de dépenses de l'OTAN, soit 2 % du PIB. Trudeau avait annoncé au sommet de l'OTAN à Washington en novembre de la même année que cet objectif serait atteint d'ici 2032.

Pour sa part, Carney s'est fixé pour objectif d'atteindre les 2 % avant la fin de l'exercice financier en cours peu après son entrée en fonction, début juin, annonçant des milliards de dollars de nouvelles dépenses. Plus tard dans le même mois, il a appuyé la décision de l'OTAN, lors du sommet de l'Alliance en juin, de relever ce seuil à 5 ​​% du PIB annuel d'ici 2035. Ces initiatives en matière de défense ont des répercussions sur la politique étrangère, que ce soit en rehaussant le profil et la position du Canada parmi ses alliés dans un contexte mondial turbulent, ou en augmentant sa capacité de projection de force et sa participation aux activités internationales.

L’alignement avec les États-Unis demeure globalement le même.

Les pressions exercées ces derniers mois par les membres de l’OTAN pour accroître les dépenses de défense ont été largement influencées par Trump.

Le Canada a accusé un retard en matière de dépenses de défense, demeurant l’un des rares pays à ne pas respecter la recommandation de consacrer 2 % du PIB à la défense. Maintenir cette position à l’écart, alors que Trump accusait le Canada de laisser les navires chinois et russes naviguer librement dans son Arctique, aurait été difficile.

La position du Canada sur les points chauds mondiaux est généralement plus alignée sur celle des principaux pays européens, sans pour autant rompre complètement avec les États-Unis.

A Canadian Armed Forces Chinook helicopter hovers as a WestJet airplane passes by while dignitaries arrive in Calgary on June 15, 2025, to attend the G7 Leaders meeting taking place in the nearby community of Kananaskis. (The Canadian Press/Jeff McIntosh)

Un hélicoptère Chinook des Forces armées canadiennes survole Calgary tandis qu'un avion de WestJet passe à proximité, alors que des dignitaires arrivent pour assister au sommet du G7 qui se tient à Kananaskis, non loin de là. (Photo : La Presse canadienne/Jeff McIntosh)

C’est vrai, à une exception près : la reconnaissance unilatérale par le Canada de l’État palestinien en septembre à l’Assemblée générale des Nations Unies. Cette décision marquait une rupture avec la politique canadienne de longue date, qui prônait une solution négociée à deux États au conflit israélo-palestinien.

Cette initiative était motivée par les préoccupations liées à la situation humanitaire dans la bande de Gaza, alors qu’Israël cherchait à éliminer le groupe terroriste Hamas, et se fondait sur les promesses de réformes de l’Autorité palestinienne, qui gouverne la Cisjordanie. D’autres pays, comme la France et le Royaume-Uni, ont également reconnu un État palestinien.

Les États-Unis et Israël considèrent cette reconnaissance comme une récompense pour les attentats terroristes du Hamas d’octobre 2023.

Ottawa a peut-être pris ses distances avec Washington sur ce point, mais a soutenu le plan de paix de Trump pour mettre fin au conflit. Ce plan est également appuyé par de nombreux pays arabes et musulmans, généralement plus hostiles à Israël.

La position d’Ottawa sur l’Ukraine est toutefois restée inchangée : le pays demeure aligné sur les principaux acteurs européens et soutient globalement les efforts de Trump pour mettre fin à la guerre.

Les États-Unis ont conçu un nouveau programme avec l'OTAN afin que les pays membres achètent des armes américaines pour équiper les forces ukrainiennes, alors que Trump cherche à limiter l'impact de la guerre sur les finances américaines. Ottawa a annoncé début décembre une contribution de 200 millions de dollars à cet effort.

Un virage vers l'Asie

Le virage vers l'Est opéré par Carney, qui cherchait à prendre ses distances avec les États-Unis dès le début de son mandat, ne constituait pas une rupture majeure avec le précédent gouvernement libéral.

Trudeau avait œuvré pour un rapprochement avec la Chine au début de son mandat, mais la lune de miel a pris fin brutalement après qu'Ottawa a exécuté un mandat d'extradition américain contre Meng Wanzhou, dirigeante de Huawei, en décembre 2018. En guise de représailles, Pékin a arbitrairement détenu les Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor pendant plus de 1 000 jours.

Il en a résulté un repli des échanges diplomatiques, aucun contact de haut niveau n'ayant été établi pendant des années. Carney s'est efforcé d'améliorer les relations avec la Chine, et ses efforts ont abouti fin octobre lors de sa rencontre avec le dirigeant chinois Xi Jinping en Corée du Sud. Il s'agissait de la première rencontre entre les dirigeants depuis 2017.

Le Cabinet du Premier ministre a qualifié cette rencontre de « tournant » dans les relations bilatérales. La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, s'était rendue en Chine quelques semaines auparavant et avait déclaré que les deux pays étaient liés par un « partenariat stratégique ».

Ce rapprochement survient après une surveillance accrue, ces dernières années, des activités d'ingérence de Pékin au Canada, notamment suite à une enquête publique sur l'ingérence étrangère. Au printemps, lors de sa campagne électorale, M. Carney avait affirmé que la Chine représentait la plus grande menace pour la sécurité du Canada.

Les conservateurs ont dénoncé la contradiction entre le fait de déclarer un « partenariat stratégique » avec Pékin et celui de qualifier la Chine de principale menace pour la sécurité du Canada. « Est-ce un autre exemple du premier ministre qui dit une chose pendant les élections et en fait une autre après ? », a demandé le député conservateur et critique en matière d'affaires étrangères, Michael Chong, à la Chambre des communes.

Des efforts ont également été déployés pour améliorer les relations avec l'Inde, après des mois de tensions.

Prime Minister Mark Carney takes part in a bilateral meeting with Indian Prime Minister Narendra Modi during the G20 Summit in Johannesburg, South Africa, on Nov. 23, 2025. (The Canadian Press/Sean Kilpatrick)

Le Premier ministre Mark Carney participe à une rencontre bilatérale avec le Premier ministre indien Narendra Modi lors du sommet du G20 à Johannesburg, en Afrique du Sud, le 23 novembre 2025. La Presse canadienne/Sean Kilpatrick

Trudeau avait accusé New Delhi d'être impliquée dans l'assassinat d'un militant pro-Khalistan en Colombie-Britannique en 2023, plongeant les relations bilatérales dans la tourmente. Aujourd'hui, alors que le dialogue sur les forces de l'ordre se poursuit entre les deux pays concernant cette affaire et d'autres, les relations se sont apaisées.

Carney a déclaré en novembre que l'Inde pouvait contribuer à délocaliser les chaînes d'approvisionnement hors de Chine. Les négociations sur le libre-échange, suspendues durant l'été 2023 avant les accusations de Trudeau, ont été relancées lors de la rencontre entre Carney et le Premier ministre indien Narendra Modi en Afrique du Sud le 23 novembre.

Les deux dirigeants espèrent doubler les échanges bilatéraux pour atteindre 70 milliards de dollars d'ici 2030. À titre de comparaison, les échanges entre le Canada et les États-Unis dépassaient 1 300 milliards de dollars en 2024.

Ce réajustement des relations avec l'Asie sera formalisé par des politiques publiques, Ottawa révisant actuellement sa Stratégie indo-pacifique, initialement publiée en 2022. La ministre des Affaires étrangères, Anand, a déclaré en octobre dernier que cette révision était nécessaire pour atteindre l'objectif de Carney, à savoir doubler les exportations hors États-Unis en dix ans.

Anand a précisé qu'Ottawa poursuivait une stratégie empreinte de pragmatisme.

« Nous devons, d'une part, insister sur nos préoccupations en matière de sécurité et de sûreté publique et, d'autre part, chercher à développer de nouvelles chaînes d'approvisionnement », a-t-elle déclaré après sa visite en Chine.

Autres initiatives

Le chiffre de 70 milliards de dollars a également été évoqué lors de la visite de Carney aux Émirats arabes unis avant son départ pour l'Afrique du Sud, en vue du sommet du G20 en novembre. Il s'agit du montant que les Émirats arabes unis se sont engagés à investir au Canada pendant que Carney se trouvait à Abou Dhabi pour la première visite d'un premier ministre canadien depuis 2023. Des négociations sur le libre-échange ont également été lancées à cette occasion.

Après sa rencontre avec le président des Émirats arabes unis, le cheikh Mohamed ben Zayed Al Nahyan, le 21 novembre, Carney a déclaré aux journalistes avoir eu avec lui une « conversation approfondie et significative » sur des questions d'« importance mondiale », notamment le Soudan. Le Soudan accuse les Émirats arabes unis devant la Cour internationale de Justice de soutenir une milice au Darfour-Ouest, que Khartoum considère comme responsable de massacres, une allégation que les Émirats arabes unis rejettent.

« Nous sommes partenaires », a déclaré Carney. « Les Émirats arabes unis sont un partenaire important pour le Canada, nous aidant à acheminer l'aide humanitaire à Gaza. Nous sommes également partenaires avec eux pour l'Afghanistan. »

Des efforts ont également été déployés pour approfondir les relations bilatérales avec le Mexique. M. Carney s’est rendu au Mexique en septembre et le ministre canadien du Commerce, Dominic LeBlanc, en décembre. Les deux pays ont été fortement touchés par les tarifs douaniers et la politique de sécurité frontalière de l’administration Trump et font face à l’incertitude quant à l’avenir de l’ACEUM.

La Presse canadienne a contribué à cet article.

Source

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